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La série est de retour sur dès le jeudi 12 juillet à 10h30 à partir de l'épisode 98 "Absence fatale" !

Interview d'Arnaud, le prince de Béné dans LVDLA, pour le magazine Téléstar

Fabrice Deville, classe tous risques

29 ans. Quelques pièces et guère plus de films au compteur. Mais, déjà, une insolence qu'on pourrait croire le fait d'un enfant gâté si elle n'était contredite par la pertinence du propos et une réelle disponibilité. Belle gueule, mi-ange, mi-démon, Fabrice Deville n'est pas un jeune premier de convention. Dans "la Boîte", il s'avère incertain, coincé entre parents et copains et doit ramer sec pour séduire l'élue de son coeur. Dans la vie, il ne regrette rien, rêve de servir au théâtre de beaux textes, réconcilie dans ses admirations Corneille et Tennessee Williams, Claude Zidi et Bernard Rapp. Ce touche-à-tout attachant et singulier aurait-il le feu sacré ?

Télé Star : Avez vous l'âge de votre rôle ?

Fabrice Deville : On est ce que les conventions du cinéma veulent faire croire au public ! C'est vrai qu'en me présentant au casting, où l'on recherchait des jeunes de 23-25 ans, j'ai prétendu être né en 74... Pour, aussitôt après, dire la vérité à Claude Zidi ! Mais comme on me donne 25 ans, il n'y a pas eu de problèmes. Au delà, la directrice de casting a réussi quelque chose de rare : réunir des personnes censées être, à l'écran, les meilleurs amis du monde et qui, hors caméra, continuent, six mois après la fin du tournage, à se fréquenter et à entretenir des relations d'amitié...

Télé Star : Avant d'aboutir à cette belle histoire, quel a été votre parcours ?

Fabrice Deville : J'ai commencé par étudier, par intermittence pendant trois ans, avec Jean-Laurent Cochet. Entre deux, j'ai joué durant six mois dans la seconde version, très réussie, de la série télé "Les enfants de John". Un tournage itinérant à travers la France qui m'a beaucoup appris. Avec Jean-Laurent, qui m'a enseigné les bases du classique mais acceptait difficilement qu'on échappe à son emprise, les relations furent, à cette époque, passionnelles et conflictuelles. Néanmoins si j'ai un conseil à donner aux jeunes comédiens c'est de se présenter aux castings et d'apprendre en jouant ! D'ailleurs j'ai par la suite participé à la tournée de "Corot", une pièce à la fois légère et profonde mise en scène par Cochet. Je n'avais que douze minutes sur scène mais tellement de bonheur à y être ! L'essentiel est de se prouver à soi-même que l'on peut jouer, que l'on peut « dire » du texte...

Télé Star : Même si l'expérience est à ce point limitée ?

Fabrice Deville : Le problème est qu'au départ, on ne vous propose pas grand chose. Je rêve, aujourd'hui, de retourner au théâtre. De faire mes vrais débuts sur scène. Cela ne me fait pas peur. J'adore ça. Il y a cette très belle phrase : « certains prennent un métier, nous on a un métier qui nous prend ». Encore faut-il s'en donner les moyens. J'ai suivi des études de marketing et je me suis arrêté net, après ma maîtrise, pour pouvoir faire du théâtre...

Télé Star : ... le marketing vous a appris à vous vendre ?

Fabrice Deville : Non. Plutôt à ne pas me faire avoir ! Et puis, peut-être, à envoyer, durant mes cours de théâtre, des courriers, des photos. J'ai fait, également, pour subsister des tas de petits boulots...

Télé Star : Se fixe t-on une limite au delà de laquelle on se promet d'abandonner ?

Fabrice Deville : L'envie de jouer est trop forte ! La crainte, imaginaire ou pas, de voir échapper un bon rôle aussi. Alors, en attendant, il n'est pas déshonorant de distribuer des prospectus dans la rue, d'accueillir le public à Eurodisney ou de bosser pour Nissan. A côté de cela, j'ai joué dans six épisodes d'AB, pour "Les vacances de l'amour" et "Sous le soleil". J'en garde, grâce à mon amie Laure Guibert, d'excellents souvenirs de tournage...

Télé Star : Vous n'avez pas souhaité poursuivre plus loin l'expérience AB ?

Fabrice Deville : Non et je l'ai fait savoir à Jean-Luc Azoulay qui me proposait des rôles récurrents avec salaires alléchants et tournages à St-Martin à la clef. Mon objectif n'a jamais été de faire carrière chez AB. Maintenant que les choses soient claires : Jean-Luc m'a tiré, à l'époque, d'une mauvaise passe et de la même manière qu'il connaît mon point de vue, je trouve insultant de cracher dans la soupe. Je ne le ferais jamais...

Télé Star : La reconnaissance est importante dans ce métier ?

Fabrice Deville : Je le pense ! Mon premier film a été "Soleil". Roger Hanin m'a fait jouer un passeur, pendant la guerre. Au total, cinq jours de tournages, quelques minutes à l'écran, mais une expérience fantastique : avoir Sophia Loren pour partenaire. Or, face au jeunot que j'étais, j'ai trouvé une femme tendre, pleine de délicatesse, mettant à ma disposition son maquilleur et sa coiffeuse. Je suis très sensible aux petites attentions. C'est bien de commencer avec des gens de cette envergure et de ne pas oublier. Cela permet lorsqu'on se retrouve « premier » rôle sous la direction de Zidi d'être tout aussi attentif aux camarades qui viennent pour une journée..

Télé Star : Comment vous êtes-vous retrouvé devant la caméra de Zidi ?

Fabrice Deville : Je venais de tourner "les Savates du bon Dieu", avec Jean-Claude Brisseau, un réalisateur d'une grande générosité qui vous laisse une marge appréciable d'initiative et de liberté. Après un contact avec la directrice de casting Hélène Chérubi, j'ai rencontré Claude Zidi le 22 juin 2000. Il m'a dit : « très bien, on vous rappellera ». J'ai effectivement été contacté pour de vrais essais au bureau de Claude, dont le numéro d'interphone était également le 22 ! A partir de là on m'a fait revenir plusieurs fois pour me trouver une partenaire. Les essais se faisaient sur les scènes de danse. En ce qui me concerne, Claude avait déjà fait son choix. Je n'osais pas y croire. Je connais trop bien la situation de celui qui se retrouve parmi les trois derniers « nommés » et qui, finalement, n'est pas retenu ! La tension était d'autant plus grande que j'admire profondément le cinéma de Zidi. Je suis fan des "Rois du gag" et d' "Associations de malfaiteurs"...

Télé Star : Comment l'homme qui dirigea De Funès, Coluche, Depardieu et Belmondo se comporte t-il sur un plateau ?

Fabrice Deville : Zidi est d'humeur égale. Il a été nickel du début à la fin. Il est ouvert à la discussion. Vous lui proposez quelque chose, il vous dit non. Vous lui proposez la même chose dix minutes plus tard, il dira oui. C'est assez drôle... Claude vous laisse une réelle liberté. Il ne vous dirige que sur des points précis, quand il pense que vous faites fausse route...

Télé Star : Est-ce une bonne chose ?

Fabrice Deville : C'est vrai que je n'ai jamais eu la bride sur le cou. Je ne sais pas si c'est aussi positif que ça. Brisseau, pour le prochain film que je tourne sous sa direction, m'a donné carte blanche. Or, je suis comme un boxeur : j'aime bien que l'on me guide. Je parle donc de mes choix, de mes options à des amis comédiens que je respecte comme Quentin [Baillot, son partenaire de "la Boîte"] pour qu'ils me donnent leur avis. Marie-Anne Chazel nous a fait tourner, il y a quelques mois, dans un court-métrage, Armelle Deutsch et moi. Là encore, j'ai eu toute latitude pour apporter des idées. Ce qui est flatteur. Mais c'est vrai que sur "la Boîte", par moment, j'aurais aimé dialoguer davantage, discuter de mon personnage avec Claude qui se tenait en retrait vraisemblablement par pudeur comme nous le faisions, de notre côté...

Télé Star : Comment avez vous abordé votre rôle pour qu'il échappe au stéréotype, un peu fade, du jeune premier ?

Fabrice Deville : Je ne l'ai pas envisagé comme ça...

Télé Star : Parce qu'il n'a pas peur du ridicule ?

Fabrice Deville : Mon personnage n'est pas fondamentalement drôle. Il lui arrive de faire rire à ses dépens et de se retrouver dans des situations ridicules. En la matière, il ne faut pas faire les choses à moitié. Pour le coup ce serait ridicule ! J'ai appris cette règle avec "Les enfants de John". Dans "la Boîte", quand on se lève pour entonner « la chanson des actionnaires », je me suis dit : « Putain, ça c'est fou ! Mais, tant qu'à faire, faisons le à fond ! ». Et on l'a fait à fond. Comme on s'entendait bien avec mes partenaires, ça a marché du tonnerre. Maintenant les spectateurs apprécieront ou pas, mais ils ne pourront pas nous reprocher d'y être allés à reculons ! Pour en revenir à mon personnage, je le perçois comme un galérien de l'amour, un garçon sensible, maladroit, qui tombe amoureux de la première fille qui lui résiste...

Télé Star : Avez vous participé à sa « définition » ?

Fabrice Deville : On est toujours, un peu, le créateur de son personnage. Même si l'on est aidé par les mots de l'auteur. Je veille seulement, en travaillant en amont sur le script, à ce que le dialogue sonne juste...

Télé Star : Auriez-vous accepté l'offre de Zidi sans avoir lu le scénario ?

Fabrice Deville : En l'occurrence, j'ai accepté son film sans avoir lu le scénario...

Télé Star : Est-ce que jouer la comédie nécessite un rythme particulier ?

Fabrice Deville : Oui. Il faut jouer la situation à fond. Mais surtout sans jouer « la comédie ». Ne pas avoir le sourire en coin. Le type qui se prend un poteau doit vraiment faire comme s'il s'en prenait un. L'accident en soi, la blessure ne sont pas drôles. C'est la situation qui l'est. Pour les autres. Pas pour celui qui la vit. Comme lorsque mon personnage se retrouve les poings coincés dans un grillage et que son frère n'arrive pas à le libérer...

Télé Star : Avez-vous des acteurs de référence ?

Fabrice Deville : Davantage des acteurs dans des scènes, de Nicolas Cage à Lino Ventura. Je n'ai pas d'acteurs préférés, comme je n'ai pas de « meilleur » ami. Il y a des acteurs que j'aime et des amis que j'aime, pour des raisons différentes.

Télé Star : Qu'avez vous appris de vos partenaires ?

Fabrice Deville : Celui de qui j'ai le plus appris c'est Guy Marchand. Il a une légèreté « énorme » ce gars-là. Lorsque je le regarde jouer, je suis son premier public. Guy, sur un plateau, n'arrête pas de dire : « Le cinéma est un art mineur. Alors on y va, hein ? Et on se fait pas chier ! » (rires) ! Guy m'a appris la légèreté. Lorsque j'étais concentré et qu'il lui arrivait de se planter, il se tournait vers moi et me disait : « J'suis vraiment qu'un vieux con ! ». Je lui répondais : « Y'a pas de soucis ! » (rires). Mes partenaires m'ont appris des regards, des gestes. A moi, après, de piocher à gauche, à droite, d'en faire mon affaire et d'être le plus pro possible. Pour le reste, ceux de qui j'ai le plus à apprendre, ce sont les spectateurs.

Télé Star : Qu'attendez-vous d'eux ?

Fabrice Deville : Qu'ils me disent s'ils aiment ou pas. Comme lorsqu'à l'avant-première marseillaise, les gens sont venus vers moi, me dire qu'ils étaient morts de rire et m'encourager à poursuivre dans cette voie. Le jugement des critiques ne m'intéresse que s'il est honnête, argumenté. Les papiers « règlements de comptes », avec attaques personnelles m'insupportent...

Télé Star : A quoi aspirez-vous, à présent ?

Fabrice Deville : Après le film de Brisseau, que je suis en train de tourner et où j'incarne un héritier machiavélique, j'aimerais me tourner vers le théâtre. Ce qui n'est pas évident lorsqu'on n'a quasiment fait que du cinéma. La réciproque est vraie. Les comédiens de théâtre ont du mal à trouver des connexions au cinéma. Au début, après mes cours, j'aurais voulu m'orienter vers la scène. Cela ne s'est pas fait. Ce qui ne m'empêche pas d'être toujours autant attiré par la langue française, les « beaux mots ». Ce que j'aimerais c'est que des professionnels me voyant au cinéma me proposent des rôles au théâtre, dans un cadre défini, avec des gens motivés. Je veux jouer des pièces qui parlent au public que ce soit "le Menteur" de Corneille, qui a une musicalité incroyable, ou l'Homme à la peau de serpent de Tennessee Williams. Je rêve aussi d'être Hippolyte dans "Phèdre". Au cinéma, c'est vrai que je me situe dans un registre qui n'est pas celui, très marqué, de Gérald [Dahan] dans "la Boîte". Mon physique peut donner envie, ou pas, aux gens de me revoir. Mon jeu également...

Télé Star : ... que vous aimeriez mettre au service de ?

Fabrice Deville : ... Zidi, s'il le souhaite à nouveau. Mais aussi de Patrice Leconte, de Michel Blanc ou d'Yves Boisset. Et puis quelqu'un que j'estime beaucoup et dont l'univers me fascine : Bernard Rapp. S'il pouvait lire ce message (rires) !

Propos recueillis par : Olivier Rajchman.
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